Mea Maxima Culpa: Silence in the House of God

04.08.2013 par Franck Ramus, dans justice, religion, société

Mea Maxima Culpa: Silence in the House of God
Documentaire américain d'Alex Gibney (2012). Vu le 4/08/2013 à la télévision australienne. Je n'ai pas d'information sur sa sortie éventuelle en France. Seule une bande-annonce peut être vue sur Youtube.

Ce documentaire traite d'un certain nombre de cas de prêtres pédophiles aux USA, en Irlande et ailleurs. Même si les témoignages des victimes sont particulièrement poignants, ils ne surprendront, hélas, pas grand-monde. Ce qui m'a plus particulièrement frappé dans ce documentaire (et qui m'incite à en faire un compte-rendu) est son traitement minutieux de la complicité systématique de l'église catholique avec les prêtres criminels, et ce jusqu'au plus haut niveau de la hiérarchie, quand bien même les supérieurs directs des prêtres incriminés demandaient au Vatican leur défroquage, de manière répétée, et en vain. La chaîne de commandement remonte directement à Josef Ratzinger (en tant que préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi) et à Karol Wojtyla (le pape Jean-Paul II à l'époque), son supérieur direct qui ne pouvait manquer d'être au courant et qui a d'ailleurs protégé jusqu'à son dernier souffle l'un des cas les plus fameux, Marcial Maciel (objet de plaintes s'étalant sur 50 ans). Ratzinger, qui avait enfin pris la mesure de l'ampleur du scandale (plus de 20 ans après les premiers cas qu'il ait eu à traiter, tout de même), ne put relancer une ultime procédure contre Maciel que le jour de la mort de Wojtyla en 2004. Invariablement, le message papal aux évêques qui voulaient se débarrasser d'un de leur prêtres aux agissements accablants était: attendre (des années), faire preuve de compassion (envers le prêtre fautif), le muter (parfois), et surtout ne pas faire de bruit.

Un des points forts du documentaire est de mettre l'accent sur les documents qui permettent d'incriminer sans ambigüité la responsabilité de Ratzinger, et, plus indirectement, celle de Jean-Paul II. Il s'agit des lettres échangées entre les évêques décrivant les faits dans leur diocèse et le Vatican (lettres signées par Ratzinger en personne), qui ont été mises à jour lors de certains des procès qui ont eu lieu aux USA et en Irlande. A défaut de voir le documentaire, on peut s'en faire une idée dans cet article du New York Times sur un cas particulier, qui fournit un scan de toutes les lettres échangées. La lecture intégrale de ces lettres vaut vraiment la peine pour saisir l'ampleur de la résistance passive et de la complicité tacite du Vatican. Le New York Times abrite d'ailleurs un recueil d'articles édifiant sur le sujet des prêtres pédophiles.

Un autre aspect intéressant soulevé est que, même lorsque des évêques et archevêques désireux d'agir contre les pédophiles ont alerté le Vatican, et que celui-ci ne répondait pas pendant des années, puis répondait de ne rien faire qui puisse nuire à l'église, ils ont simplement attendu sans rien faire, puis obéi strictement aux ordres du Vatican. Jamais ils n'ont dénoncé les criminels à la police, de manière à épargner de nouvelles victimes. De fait, pendant toutes ces années d'inaction, les pédophiles ont continué leurs œuvres. De nombreux enfants ont été violés du simple fait que des responsables religieux qui étaient parfaitement au courant n'ont pas dénoncé leurs collègues pédophiles. Certains évoquent d'ailleurs (après coup) le dilemme terrible (?) auquel ils faisaient face et ont exprimé des regrets à propos de leur inaction. Tout de même, cela montre le peu de considération que les responsables religieux ont pour la justice dite "des hommes" (la seule justice que je connaisse). Et cela montre que, pour eux, un principe moral aussi basique et universellement accepté que le fait de dénoncer un criminel avéré et récidiviste à la justice pour éviter qu'il ne nuise à d'autres, passe après les intérêts de l'église (tels que perçus et communiqués par le Vatican) et la fidélité absolue au pape. Cela en dit long sur le degré d'endoctrinement qui doit être le leur. C'est également assez paradoxal quand on pense à l'autorité morale que l'église catholique prétend représenter.

Je recommande le visionnage de ce documentaire à tout le monde, et particulièrement aux catholiques et aux fans de Karol Wojtyla. Bien entendu, le documentaire est à charge (quoique pas anti-catholique), et on peut regretter que la parole ne soit pas donnée à la défense. Mais d'après l'auteur du documentaire, ce n'est pas faute d'avoir sollicité le Vatican à multiples reprises, en vain. Le Vatican continue à préférer le silence au débat et à la transparence. En même temps, on voit mal ce que Ratzinger (pape à l'époque du tournage) aurait pu dire de convaincant en défense des courriers accablants qu'il a lui-même signés...

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