Quel est le plus grand QI possible?

Réponses complètes données à Sciences & Avenir suite à la question d'un lecteur: "Quel est le plus gros QI du monde ?"

La question du "plus grand QI possible" n'a pas le sens que lui attribue la plupart des gens. En effet, beaucoup imaginent que les scores de QI se situeraient sur une échelle absolue de performance cognitive: que 150 par exemple correspondrait à un niveau de performance bien défini, le même partout et en tous temps, et le double d'une performance de 75. Or ce n'est pas le cas.

 

Les scores de QI sont des scores standardisés, c'est-à-dire relatifs à une population de référence, qui établit la norme statistique de l'intelligence pour une tranche d'âge donnée, dans un pays donné, à une période donnée. Par convention, la moyenne de cette population de référence donne le score 100, et son écart-type est de 15. Un QI de 100 signifie donc que la personne fait mieux que 50% des personnes du même âge, et moins bien que 50%. Un QI de 115 signifie qu'elle fait mieux que 84%. Avoir un QI de 145 signifie qu'elle fait mieux que 99,9% des individus dans cette population de référence. Mais un score de 145 ne correspond pas nécessairement au même niveau de performance absolue en France et à Taiwan; il ne correspond pas non plus au même niveau de performance dans la France de 2020 et dans la France de 1970 (car les performances cognitives absolues ont augmenté entre temps); et il ne correspond pas non plus au même niveau de performance à 12, à 25 et à 70 ans. Car différents groupes d'âges, différents pays, à différentes époques, ont des populations de référence différentes.

Distribution des scores de QI dans la population générale.

La question du score de QI maximal n'est donc pas la question de savoir quelle est la performance cognitive la plus élevée sur une échelle absolue. C'est une question essentiellement méthodologique, qui dépend de la taille de la population de référence, de la difficulté du test et du nombre de questions difficiles permettant de départager les meilleurs.
En théorie, sur une population de 6 milliards d'humains passant une même batterie de tests, si un seul individu obtenait le score le plus élevé, il aurait une performance supérieure à 99,99999998333333 % de la population, ce qui se convertirait en un QI de 194.
Encore faudrait-il administrer un test à toute l'humanité, et que ce test comporte suffisamment de questions suffisamment difficiles pour assurer qu'il n'y ait pas d'ex-aequo entre le premier et le deuxième.
En pratique, les populations de référence auxquelles on peut se comparer comptent au plus quelques milliers d'individus, et elles ne comportent que peu d'individus à très haut niveau d'intelligence. Les très hauts QI sont donc obtenus par extrapolation, avec une marge d'erreur importante. Les batteries de Wechsler, qui ont les normes les plus fiables, fournissent des normes pour des scores allant jusqu'à 160, mais assorties de larges marges d'erreur. On peut considérer que dès 145, on est dans l'extrapolation et que la fiabilité de ces scores est limitée.
Pour les enfants, qui peuvent parfois être très en avance sur leur âge, des normes étendues de la batterie ont été créées pour les très hauts QI. Elles montent jusqu'à un QI de 210. Cela dit, seul un individu sur 10 000 000 000 000 (dix mille milliards) devrait théoriquement pouvoir atteindre un tel score. Il n'est peut-être pas encore né.

Comment certains individus peuvent-ils afficher un score supérieur à ces limites?

  • Cela peut être dû aux conventions inhabituelles des normes du test qu'ils ont passé. Par exemple, les normes du test "Cattell culture fair" sont établies avec une moyenne de 100 et un écart-type de 24. Avec cette convention, un score de 145 sur une batterie de Wechsler (et sur la plupart des autres tests) correspond à un score de 172 à la batterie de Cattell. Pour interpréter un score, il est donc crucial de savoir quel test une personne a passé et quelle est l'échelle des scores utilisés!
  • Il est possible que certaines batteries de tests utilisées sur internet, par des associations ou par des entreprises donnent des scores supérieurs à 160. Mais jusqu'à preuve du contraire, elles ne disposent pas de normes sur une population de référence suffisamment grande pour que ces scores soient valides.
  • Certaines personnes se font fort de calculer des scores de QI pour des "génies" décédés. En l'absence de tests, ces estimations n'ont pas grande valeur.

En conclusion: tout score supérieur à 160 (sur une échelle avec un écart-type de 15) a toutes les chances d'être fantaisiste et doit inspirer de la méfiance.
Dans tous les cas, cette limite de 160 ne représente pas une limite absolue aux capacités cognitives humaines, limite qu'on ignore. Elle représente juste une limite méthodologique, due à l'impossibilité pratique d'étalonner de manière fiable des scores ne concernant qu'une fraction infime de la population.


18 commentaires pour “Quel est le plus grand QI possible?”

  1. Algenib Répondre | Permalink

    Bonjour, merci pour cet article. Dans un article précédent on voyait que le QI est "remarquablement stable dans le temps". Et dans cet article : " il ne correspond pas… au même niveau de performance à 12, à 25 et à 70 ans. Car différents groupes d'âges, différents pays, à différentes époques, ont des populations de référence différentes."
    J'y vois une contradiction. Est-ce que ça veut dire qu’en fonction de l'âge pour un individu un même QI ne correspond pas au même niveau de performance mais ce qui reste stable c'est comment la performance se situe par rapport à une population qui elle-même aura évolué ?

    • Samaran Répondre | Permalink

      Cela voudrait dire qu'il y a des tests par âge ce qui implique des échantillons multipliés par 10 si on fait des tranches de 10 ans. C'est improbable non?

      • Franck Ramus Répondre | Permalink

        Non, c'est exactement ça. En fait les tranches d'âge de la population de référence sont définies de manière à ce que les compétences évoluent peu dans chaque tranche. De ce fait, les tranches d'âge pour les enfants vont de 3 mois en 3 mois. A l'inverse, de 35 à 64 ans, il n'y a que 3 tranches de 10 ans chacune. Puis elles diminuent à nouveau pour mieux suivre le déclin cognitif.
        La population de référence compte généralement une centaine de personnes par tranche, ce qui est assez peu pour faire une norme, surtout dans les performances extrêmes. C'est surtout un problème pour les sous-tests, qui sont standardisés par classe d'âge. Pour le QI total et les indices, les scores standardisés sont calculés sur l'ensemble de la population (>1000), donc c'est plus fiable.

    • Franck Ramus Répondre | Permalink

      C'est tout à fait cela. Le QI standardisé par rapport à la classe d'âge est stable tout au long de la vie. Cela veut dire que si à 10 ans vous avez un QI à la moyenne des enfants de 10 ans (QI=100), il y a de bonnes chances qu'à 25 ans votre QI soit proche de la moyenne des jeunes de 25 ans, et qu'à 70 ans il soit encore proche de la moyenne des personnes de 70 ans (nonobstant progrès exceptionnels ou accidents). C'est ce qui est illustré dans la figure de l'article précédent, montrant la corrélation entre scores à 11 ans et à 80.
      Cette stabilité de la position relative de chacun ne contredit pas le fait que les capacités cognitives soient différentes à 10 ans, à 25 et à 70, ce que chacun peut constater. Si vous voulez voir l'évolution des capacités cognitives brutes (sur une échelle absolue), vous en avez une figure très parlante ici. Elle illustre notamment que l'intelligence fluide (reasoning) décline lentement dès 25 ans, alors que l'intelligence cristallisée (knowledge) continue à progresser légèrement et se maintient très longtemps.

  2. Real doctor Répondre | Permalink

    Trump est a 160.
    Comme moi.
    Fantaisie nous dit on.
    Peut etre.
    Peut etre pas.

    • Franck Ramus Répondre | Permalink

      Il faudrait déjà une source fiable pour Trump à 160.
      Je n'ai pas connaissance qu'il ait passé un test de QI et que les résultats en soient publics. On trouve une estimation d'un QI à 156 sur divers sites webs sensationnalistes et donc peu dignes de confiance. Cette estimation est basée sur une "étude historiographique", c'est-à-dire une estimation hypothétique de QI de personnes célèbres n'ayant pas passé de test. Un examen plus attentif de cette étude révèle que la méthodologie était totalement inappropriée pour estimer le QI de Trump. On ne peut rien déduire du fait qu'il ait étudié quelques années à la Wharton School.
      En revanche, la personne qui est probablement la mieux informée sur le sujet, sa nièce Mary Trump, qui à la fois le connait bien et est psychologue, le décrit comme étant d'intelligence très moyenne.
      https://www.albin-michel.fr/ouvrages/trop-et-jamais-assez-9782226457448

      • real doctor Répondre | Permalink

        LOL.
        Sa niece nous pond un fake news pour vendre un livre et devient immediatement une source de reference scientifique que vous n'hesitez pas a citer. Personnellement je ne lis pas le trash.
        Mais c'est chacun son gout.
        Mon cher frere, votre QI laisse tres a desirer. Je vous estime a 130.
        C'est pourquoi on se rassure que vous n'ayiez aucune responsabilite dans la vie reelle.
        Sur scene par contre vous etes un grand comique.
        .

        • Franck Ramus Répondre | Permalink

          Je laisse ce commentaire tel quel, pour que chacun puisse admirer la profondeur de l'argumentation.

          • real doctor | Permalink

            Je vous remercie cher Frere. Admirez en effet . Lisez votre trassh tranquille pendant les heures payees.
            En attendant nous les zebres, on s'eclate, on produit, on change le monde.
            Et notre QI est hors norme (et quantifiable, ne vous en plaise).
            Genius he is. Loser.

          • LG | Permalink

            @RealDoctor : à vous lire, on vous concède volontiers le même Q.I que Trump, mais ce n'est certainement pas celui que vous fantasmez en vous rasant le matin. NB: Le supplément 'plage et vacances' de Télépoche n'est pas un outil fiable pour estimer un Q.I.
            Plus sérieusement, une personne supérieurement intelligente ne viendrait certainement pas ici pour déféquer un commentaire tel que le votre. Finalement, c'est surtout un grand mal être et un manque de reconnaissance criant qui ressortent de votre intervention. Dans le jargon de l'internet, on appelle ça plus prosaïquement un Troll.
            Ah! dernier point, on dit "ne vous en déplaise" et non "ne vous en plaise". Je me permets de vous retirer 10 points sur le Q.I verbal.

            @M. Ramus: quelle formule vous permet de passer du pourcentage (plus intelligent que 99,9% de la population) au Q.I (=145). Merci...

          • Franck Ramus | Permalink

            quelle formule vous permet de passer du pourcentage (plus intelligent que 99,9% de la population) au Q.I (=145).

            C'est la fonction inverse de la loi normale, qui relie les proportions de la population dépassant un certain score (centiles), au score lui-même (l'écart à la moyenne).
            Ce calcul suppose donc que les scores de QI sont distribués normalement, ce qui n'est pas tout à fait vrai, mais est une bonne approximation de la réalité.

  3. olivier Répondre | Permalink

    merci pour cet article,
    comme on force la distribution à être gaussienne, il est donc possible qu'entre un QI de par exemple 160 et un de 180 il y ait des différences de performances infimes.
    Est-ce qu'on a des éléments qui montrent que le QI, au delà de sa fonction de classement, mesure correctement la performance relative pour les QI extrêmes, ou bien qu'il y a par exemple une sorte de limite absolue, ou on contraire une distribution "long tail" ?
    Je précise que, ayant rencontré qq "extra-terrestres" pendant mes études, je ne suis pas concerné directement par cette question, et que je penche plutôt pour la seconde option.

    • Franck Ramus Répondre | Permalink

      Effectivement, la distribution réelle des performances humaines dévie légèrement de la normalité, dans le sens d'une distribution plus épatée, donc avec des queues plus longues. On a de l'ordre de 3% de la population au-delà de 2 écarts-types (à chaque extrême), au lieu des 2,3% attendus.

      Sur la différence entre 160 et 180, je ne peux pas répondre, puisqu'on n'a pas de normes au-delà de 160. Si je regarde les normes du WISC-V à 16 ans, entre 145 (+3 écarts-types) et 160 (+4 ET), il y a 18 points, ce qui correspond à une bonne vingtaine de réponses correctes supplémentaires dans les subtests. Il ne s'agit donc pas de différences infimes. Dans la région 155-160, en gros 1 bonne réponse supplémentaire donne 1 point de QI en plus. Au-delà, on ne sait pas.
      Bref, je dirais que jusqu'à 160 on a une résolution qui est raisonnable. Nonobstant la précision de la mesure, qui est forcément limitée (d'une passation à l'autre, la performance d'une même personne peut varier de plusieurs points). De fait l'intervalle de confiance à 95% d'un QI de 160 est [151-163].

  4. yoananda Répondre | Permalink

    Très instructif, mais du coup, comment on fait des comparaisons de QI entre pays ?
    Est-ce qu'il y a une population de référence "mondiale" ?

    • Franck Ramus Répondre | Permalink

      Il n'existe pas de population de référence mondiale. Entre pays, on ne peut comparer que des scores bruts. Dans les études qui font de telles comparaisons, les scores bruts sont généralement rapportés à l'échelle standard, en utilisant les normes de la population britannique.
      De manière générale, les comparaisons de QI entre pays sont extrêmement délicates. Je vous renvoie à l'article que j'ai écrit sur le sujet.

  5. Baldy Répondre | Permalink

    Sur quoi vous basez-vous pour dire que la distribution normale des QI est une bonne approximation de la réalité?

    • Franck Ramus Répondre | Permalink

      Sur les distributions observées dans de nombreuses études, à commencer par les données de standardisation des batteries de test.
      Si vous voulez creuser plus précisément dans quelle mesure une distribution réelle dévie de la normalité, vous pouvez regarder cet article classique: Burt, C. (1963). Is intelligence distributed normally? British Journal of Statistical Psychology, 16, 175‑190.
      Il en existe une version accessible en ligne.
      La figure principale dit l'essentiel. Ligne continue: courbe de type IV; ligne pointillée: loi normale; marches d'escalier: effectifs observés.
      On voit que même si Burt met l'accent sur la déviation à la loi normale dans les queues de la distribution, l'adéquation reste très satisfaisante. Tous les chercheurs qui ont collecté des données sur une grande population ont fait un constat similaire.

    • Franck Ramus Répondre | Permalink

      Il faut aussi être conscient que ces distributions observées ne sont pas des vérités absolues et éternelles. Elles caractérisent une population donnée à une période donnée. On voit par exemple dans la figure de Burt que la distribution observée dévie de la normalité principalement dans la partie gauche de la courbe, dans les très faibles QI. Je n'ai pas les données sous la main pour le prouver, mais il est à peu près certain que cette partie gauche de la distribution a régressé depuis (dans la population britannique), du fait de la meilleure prise en charge de la femme enceinte, de la naissance et du nouveau-né, qui limite les accidents, et du fait du dépistage prénatal d'un certain nombre de maladies induisant une déficience intellectuelle, conduisant à des interruptions médicales de grossesse.

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