Réponse à l’éditorial de David Cohen dans Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence


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Après une première salve de courriers adressés au Président de la République, auxquels j’ai déjà répondu, David Cohen, chef de service de pédopsychiatrie à l’hôpital Pitié-Salpêtrière, publie en éditorial de Neuropsychiatrie de l’Enfance et de l’Adolescence une nouvelle lettre au Président en défense de la pratique du packing pour les enfants autistes manifestant des troubles du comportement. Texte servilement repris et monté en épingle par Eric Favereau dans Libération. Analysons donc les arguments qui y sont avancés :

  • Le packing est assimilé à une pratique bénigne : la thalassothérapie. Dans ce cas, pourquoi ne pas plutôt envoyer les enfants autistes en cure à Quiberon ? Ou les mettre dans un jacuzzi bien chaud, plutôt que dans des draps glacés ? Cela serait certainement jugé plus agréable par les enfants et moins contestable par les parents. Et d’après les données disponibles, cela ne serait pas moins efficace que le packing.
  • Le packing est utilisé peu fréquemment. Néanmoins cela ne dédouane en rien de la nécessité de justifier rigoureusement l’utilisation du packing dans les quelques cas concernés.
  • La pratique du packing est ancienne. Pas aussi ancienne, toutefois, que la saignée, la thalassothérapie, l’acupuncture et la corne de rhinocéros.
  • Des éléments de « preuves » d’efficacité sont avancés. Ils sont purement anecdotiques, s’agissant d’études de cas et de séries de cas sans condition contrôle. A peu près toutes les pseudo-médecines peuvent en dire autant.
  • Les différentes instances qui ont examiné la pratique du packing dans des services hospitaliers français ont considéré qu’il était pratiqué dans le respect des droits et du bien-être du patient[i]. Autrement dit, la pratique n’est pas maltraitante, contrairement à ce qui est parfois avancé par certaines associations. On peut certes regretter que certaines associations agitent les chiffons rouges de la maltraitance, voire de la torture, et influencent des instances internationales pas toujours très expertes dans le but de susciter des condamnations médiatiques. Néanmoins, même si l’on rejette l’accusation de maltraitance, en quoi respecte-t-on les patients lorsqu’on leur propose des soins sans efficacité établie et sans mécanisme d’action connu, sur fond de théorie douteuse ?

En effet, on notera qu’à aucun moment dans cet article les justifications théoriques et les mécanismes putatifs de l’action thérapeutique du packing ne sont expliqués (si ce n’est le lien avec le « moi-peau » attribué à Pierre Delion). Et pour cause, la théorie sous-jacente est tellement fumeuse et détachée de toutes données factuelles qu’il serait bien embarrassant de la dévoiler au Président de la République, tout comme au grand public

Au final, aucun argument sérieux n’est avancé à l’appui de l’utilisation du packing dans les établissements de soins médico-sociaux ou à l’hôpital. A titre de comparaison, imaginerait-on faire financer par l’assurance-maladie la corne de rhinocéros au seul motif que son usage est ancien, peu fréquent, que des patients et des médecins ont déclaré en être satisfaits, et que son usage se fait sans maltraiter les patients ?

Car l’enjeu de ce débat n’est pas l’interdiction du packing, mais son financement par l’assurance-maladie dans les hôpitaux publics et les établissements médico-sociaux. A l’heure actuelle, considérant les données disponibles, il peut être légitime de continuer les recherches cliniques sur l’efficacité éventuelle du packing, mais il n’existe tout simplement aucune justification à financer le traitement par packing avec de l’argent public, pas plus qu’il n’y a de justification à y former des générations de psychomotriciens en leur faisant croire qu’il s’agit d’une pratique efficace faisant partie légitimement de leur répertoire.

Plus généralement, il est parfaitement normal que le Secrétariat d'État chargé des Personnes handicapées, et plus généralement le ministère de la santé, conditionne les financements publics à l’efficacité des traitements. On ne peut que souhaiter que cette approche soit poursuivie avec plus de zèle bien au-delà du packing : quid de l’homéopathie, de l’acupuncture, de la psychanalyse, et de bien d’autres pseudo-médecines qui sont au moins partiellement financées par l’assurance-maladie lorsqu’elles sont pratiquées en milieu hospitalier ou par des médecins libéraux ? Une utilisation rationnelle des fonds publics supposerait de rembourser les actes en fonction de leur efficacité scientifiquement établie, plutôt que simplement en fonction du diplôme du praticien ou du statut de l’établissement (cf. Ramus, 2012).

Franck Ramus


[i] L’avis du Haut Conseil de la santé publique mérite tout de même d’être lu pour bien apprécier toutes les réserves qui y sont associées à la pratique du packing.