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Des différences d’acceptions du mot « différence »

Publié 16.09.2017 par Didier Nordon

Question. Quelle est la différence entre un diamètre et un rayon ? Réponse. Un rayon. Ce n'est pas le tout de sourire à cette blague (lue dans le recueil de blagues mathématiques de Bruno Winckler). Il faut aussi se demander ce qu'il y a de drôle. Ce qu'il y a de drôle n'est pas drôle, en fait. C'est au contraire une difficulté pour les débutants en mathématiques : quand un mathématicien réemploie un mot du langage courant, ce mot n'a pratiquement jamais... Lire la suite

Centres auto-proclamés

Publié 08.09.2017 par Didier Nordon

Chacun se console comme il peut de sa finitude. Tel spécialiste, par exemple, voit son sujet d'étude comme central. Mais demander : « Au centre de quoi ? » suffit à déjouer l’illusion. Cette question n'a que de mauvaises réponses, en effet. Soit des généralités d'un flou intempestif : le centre du monde, le centre des interrogations humaines, le centre des décisions à prendre pour préparer l'avenir. Soit des précisions restrictives : le centre de telle démarche ou de telle... Lire la suite

Spécialisés pour s’apaiser

Publié 16.08.2017 par Didier Nordon

Quand les mathématiciens démontrent un théorème, celui-ci passe pour vrai à tout jamais. Libre au non-mathématicien d'imaginer que cette victoire sur le temps allège leur angoisse face à leur finitude d'êtres humains. Les médecins fréquentent des gens aux prises avec la maladie et la mort. Libre au non-médecin d'imaginer que, ainsi habitués, ils sont moins inquiets à l’idée que l’état de mourants les attend eux aussi. Les archéologues vivent dans l'intimité de squelettes âgés de vingt, trente, quarante mille ans.... Lire la suite

Préparons-nous pour la rentrée littéraire

Publié 11.08.2017 par Didier Nordon

Un critique littéraire court moins de risques à encenser un livre qu’à le démolir. S’il encense un livre destiné à être oublié, on oubliera aussi sa critique. Mais s’il démolit quelque futur Flaubert ou Baudelaire de notre époque, il risque de passer dans l’histoire pour un imbécile qui n’a pas su reconnaître un génie naissant. Conclusion pratique. Inutile de se précipiter pour lire un livre que toute la presse est en train d’encenser. ... Lire la suite

Femmes, hommes et maths

Publié 29.07.2017 par Didier Nordon

« Il n’y a pas de différence entre les maths faites par une femme ou un homme », a dit Ingrid Debauchies (Le Monde, 18 juillet 2017). De fait, bien que des sensibilités très diverses puissent s’exprimer, vouloir distinguer entre mathématiques féminines et masculines paraît absurde. Alors qu’il ne paraît pas absurde de se demander s’il existe une littérature féminine et une masculine. Certes, le simple fait de poser cette question expose à l’accusation d’être mû par des stéréotypes sexistes.... Lire la suite

Internet fait écrire les morts

Publié 21.07.2017 par Didier Nordon

Les textes attribués à un auteur de l’Antiquité grecque ou latine par les livres sérieux sont-ils vraiment dus à cet auteur ? En gros, sans doute. En détail, sans doute pas. Tant de scribes, de copistes, d’éditeurs, de correcteurs d’imprimerie nous en séparent ! Il serait étonnant qu’aucun n’ait fait d’erreur. Comme nous ne pouvons pas demander à l’auteur, considérer que son œuvre est ce que les livres sérieux présentent sous ce nom est une convention raisonnable. (Par « livres... Lire la suite

Sachons manquer de subtilité

Publié 10.06.2017 par Didier Nordon

En un laps de 0,52 secondes (avec un s), Google donne 71800 résultats qui, rien que dans la première page, attribuent la fameuse formule "les faits sont faits" à trois auteurs différents - Edouard Le Roy, Bachelard, Poincaré. Admirable abondance de biens... Elle témoigne, entre autres, de l'insistance avec laquelle nous sommes avertis de ce que la vérité est une notion subtile. Prendre un fait pour une vérité brute est digne d'un balourd. Même les plus réfractaires aux considérations philosophiques... Lire la suite

Echouer mieux

Publié 04.06.2017 par Didier Nordon

Dans La moitié de la vie de Vladimir Jankélévitch (Ed. Transfaire, 2003), Mathurin Maugarlonne fait l’éloge du musicien virtuose. "Il est généreux de révéler à l'homme cette vocation d'acrobate que jusque-là il accomplissait à son insu. Et la virtuosité élude la question du salut. Il n'y a pas de technique de la vie, ni de la mort, ni de l'amour, le virtuose ne dit pas le contraire, mais au moins, par la technique, il s'émancipe de la technique. L'homme peut... Lire la suite

Des échecs flatteurs

Publié 04.05.2017 par Didier Nordon

Je reçois un mail d'un ami : « Ces dates nous irons. Mais ne tardaient pas à choisir ». Je maugrée : « Quoi ? Quelle orthographe ! » En fait, mon ami peut n'être pas responsable de ces fautes. Il peut avoir écrit correctement, mais être devenu l'innocente victime d'un correcteur automatique. Le correcteur a appliqué des règles qui ne semblent adéquates que si on ne comprend rien au texte. La seule erreur de mon ami relève peut-être de la distraction. Il... Lire la suite

Une question qui fait fuir les philosophes

Publié 21.02.2017 par Didier Nordon

Le sperme passe par un organe qui dégoûte en tant qu'organe d'excrétion et qui attire en tant qu'organe de l'amour ; les femmes donnent la vie avec des organes proches de ceux de l'excrétion : y a-t-il aspect plus bizarre de la condition humaine ? Y réfléchir devrait être un sujet bateau chez les philosophes. Qu'un produit passé par une voie urinaire permette à une conscience neuve d'advenir au monde a de quoi faire méditer ! Mais ceux qui le font relèvent de la... Lire la suite