Echouer mieux

04.06.2017 par Didier Nordon, dans Uncategorized

Dans La moitié de la vie de Vladimir Jankélévitch (Ed. Transfaire, 2003), Mathurin Maugarlonne fait l’éloge du musicien virtuose. "Il est généreux de révéler à l'homme cette vocation d'acrobate que jusque-là il accomplissait à son insu. Et la virtuosité élude la question du salut. Il n'y a pas de technique de la vie, ni de la mort, ni de l'amour, le virtuose ne dit pas le contraire, mais au moins, par la technique, il s'émancipe de la technique. L'homme peut défier la fatalité de l'échec - cette chute qui est son destin, le virtuose donne l'illusion qu'il peut la différer indéfiniment".
Puisque le problème existentiel est insoluble, autant se fixer un but atteignable : la maîtrise technique. Peut-être la remarque de Mathurin Maugarlonne vaut-elle aussi pour ces virtuoses de l'esprit que sont les intellectuels de premier plan. Ils manient concepts philosophiques ou théories scientifiques avec une puissance qui nous sidère, mais ils ne sont pas plus avancés que nous sur le plan métaphysique. Bluffés par leur aisance, nous en venons à croire que leur excellence se dépasse elle-même, transcende l'aspect technique et leur donne une pénétration supérieure des choses ordinaires - celles qui sont si mystérieuses (la vie, la mort, le monde…).
En fait, ce que leur donne leur intelligence supérieure, c'est juste la possibilité d'aller un peu plus loin que nous dans l'échec à comprendre le monde.

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