Mets de mots

26.09.2017 par Didier Nordon, dans Uncategorized

Un végétarien ne renonce pas seulement à la viande et au poisson. Il ne doit pas non plus dévorer quelqu’un des yeux, ou bouffer tout cru ses ennemis. Il ne saurait croquer le marmot ni (s'il est dessinateur) croquer ses amis. Pas question de s'attribuer la part du lion, d’avaler des couleuvres, de gober les mouches, d’attendre que les alouettes lui tombent toutes rôties dans le bec, d’avoir un bœuf sur la langue, de manger de la vache enragée...
Mais n’être pas végétarien ne donne pas toute licence. On ne mange pas une hostie, par exemple : on la reçoit. On ne mange pas non plus une aspirine : on la prend. Serait-ce qu’on ne mange que ce qui se mâche ? Non : on mange sa soupe, de même que son chapeau ou la consigne. Mange-t-on tout ce qui se mâche ? Non plus (exemple : un chewing-gum). Le bobard ne se mâche ni ne se mange, mais s’avale. Il arrive qu’on doive ravaler une jalousie qu’on n’a jamais avalée, ou qu’on remâche une rancœur qu’on n’a jamais mâchée. On bouffe du curé, on n’en mange pas. Bouffer du lion ne se fait guère, ce qui n’empêche pas, parfois, qu’on en ait bouffé. On peut mordre la poussière sans en manger, on ne peut pas casser la croûte sans manger - même si on ne mange pas de croûte. Manger le morceau est synonyme de cracher le morceau, mais pas de manger un morceau. Etc.
Que de subtilités la langue française déploie dès qu’il s’agit de gastronomie !

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