Ringard, mais inédit

15.06.2020 | par Didier Nordon | Uncategorized

Ce n’est pas que personne n’ait averti des risques d’épidémie, c’est que personne n’a écouté. Notre époque se croit marquée au sceau du jamais vu : les technolâtres célèbrent les merveilles inédites que la technologie offre ou promet, les écologistes prophétisent des catastrophes inédites. Or une épidémie ne relève pas de l’inédit. Du coup, ce danger n’a pas retenu l’attention. Et voilà qu’une épidémie - chose ringarde ! - a apporté du jamais vu : le confinement simultané de nombreux peuples de par le monde.
Les faiseurs de plans économiques, les auteurs de scénarios pour le futur, les annonceurs de désastres, etc., devraient retenir du surgissement inattendu du covid que, quand on prédit l’avenir, on se trompe à peu près toujours. Le surgissement de l’inattendu est une constante de l’histoire. Mais cette constante ne dissuade jamais les prévisionnistes. Alors que la crise du covid est loin d’être achevée, ils continuent de vaticiner.
La formule « gouverner, c’est prévoir » n’est pas recevable. Sauf si on ajoute que, puisqu’on ne peut pas prévoir, on ne peut pas gouverner... Du coup, le gouvernement français est plus ou moins excusable d’avoir été pris au dépourvu. Ce qui n’est pas excusable, c’est qu’il se soit comporté comme un mauvais élève qui tente d’embobiner son monde et raconte n’importe quoi plutôt que reconnaître honnêtement qu’il n’a pas appris sa leçon.


Un commentaire pour “Ringard, mais inédit”

  1. RV Répondre | Permalink

    "La formule « gouverner, c’est prévoir » n’est pas recevable. Sauf si on ajoute que, puisqu’on ne peut pas prévoir, on ne peut pas gouverner"
    Les pandémies sont tout à fait prévisibles comme vous le mentionnez, et ont été annoncées de longue date, et par les chercheurs et par les écologistes. Le manque de préparation est le résultat d'une politique court-termiste dominée par les dogmes néo-libéraux de l'économie financiarisée reine, de la marchandisation tout azimut, de la globalisation et des approvisionnements au plus bas prix et à flux tendu à travers la planète.
    Les décisions politiques de confinement qui ont du jour au lendemain réduit drastiquement la production à travers la planète montrent que contrairement au discours dominant qui nous serine à longueur d'année que les politiques sont impuissants face au "marché", les politiques donc, peuvent reprendre ce pouvoir quand ils le veulent et donc pour ce qui concerne "le" problème numéro un aujourd'hui, à savoir le dérèglement climatique et la dégradation de notre seul écosystème, ce qu'il nous manque le plus est bien une volonté politique. Dans les années quarante les États unis d'Amérique du nord ont su reconvertir du jour au lendemain leur industrie en un formidable effort de guerre, c'est ce que nous devrions faire aujourd'hui, reconvertir nos industries en une économie de guerre pour décarboner toutes nos productions.

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