On se console comme on peut

05.05.2014 | par Didier Nordon | Uncategorized

La mousse cache l’eau du bain et ne lave pas, mais est agréable. Les artistes qui se trémoussent sur le devant de la scène, quitte à en cacher d’autres, plus intéressants mais moins habiles, sont, eux aussi, agréables.

Imaginons en effet notre humiliation permanente si seuls les artistes d’envergure faisaient parler d’eux. Chaque lecture (bouleversante), chaque exposition (sublime), chaque numéro (époustouflant), chaque visite (extraordinaire), chaque concert (divin) nous ramènerait à notre médiocrité. S’ennuyer à un spectacle ou lire un mauvais livre est pénible, mais cela suscite chez la victime la conviction qu’elle saurait faire mieux. Enivrante compensation ! L’idée que l’auteur ne mérite pas les applaudissements dont, par charité, elle l’a gratifié, éveille un heureux sentiment de supériorité.

La mousse du bain artistique n’est pas moins plaisante que celle du bain parfumé. S’il ne se trouvait personne pour aimer la frime, il ne se trouverait personne pour en faire.

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