« Croisières Sidérales », un bijou méconnu

21.04.2016 par Richard Taillet, dans Regards

Découvert en préparant une conférence sur la relativité dans les films de science-fiction, le film « Croisières Sidérales » d'André Zwobada (France, 1942) est sidérant étonnant pour un physicien (le non physicien sera amusé par le fait qu'il contient une des toutes premières apparitions de Bourvil à l'écran, comme figurant) . Le synopsis est simple : suite à un accident, un ballon se trouve propulsé hors de la Terre (!) à grande vitesse, pour finalement y revenir après quelques péripéties, pour que ses passagers réalisent qu'il s'est écoulé 25 ans sur Terre pendant un périple qui n'a duré pour eux que deux semaines. On trouve assez vite le coupable : la relativité.

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Dès l'ouverture du film, on est frappé par un avertissement :

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Ô combien on aimerait que cet avertissement eût été plus clair dans d'autres films à vocation scientifisante (je pense très fort à Sunshine, là) !

On a ensuite le plaisir de voir, lorsque le savant de service a compris la situation et l'explique aux protagonistes, les équations de la relativité restreinte, les équations de Lorentz, correctes et explicites, sur un bon vieux tableau noir (on pourra comparer cette scène au tableau géant mis en scène dans Interstellar) :

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On appréciera aussi le fait que le personnage principal est une femme, et que c'est l'opposé d'une cruche.

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Sous de faux airs naïfs, elle parvient à exposer deux traits marquants des deux théories de la relativité (restreinte et générale) :

« Non, décidément c'est toujours la même chose, je ne comprends pas : toutes les observations donnent des résultats non pas faux, ni même inattendus, mais donnent des résultats impossibles, absurdes, comme si tout à coup 2 plus 2 s'étaient mis à faire 5 et les lignes droites tournaient en rond. »

On peut interpréter la première remarque (2 plus 2 font 5) comme une allusion à la loi de composition des vitesses relativistes (si je marche à la vitesse v dans un train qui avance lui-même à la vitesse v par rapport au sol, ma vitesse par rapport au sol est inférieure à 2v ; du coup 2 ou 2 pourraient du coup faire plutôt 3 que 5) et la dernière remarque à une allusion aux géodésiques dans un espace-temps courbe, introduites en relativité générale.

Notons aussi une scène d'apesanteur, sympathique même si pas forcément très réussie du point de vue visuel !

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Enfin, même si je m'éloigne de la physique par cette remarque, je trouve passionnant le traitement du thème du temps, lorsque le réalisateur expose les raisons qui poussent divers personnages à vouloir partir en croisière sidérale à leur tour pour profiter de cet effet de « dilatation temporelle ».

Bon, je ne dis pas que c'est le film du siècle non plus, mais il vaut vraiment le visionnage. Ah, puisqu'on en est là, vous ne trouverez pas ce film dans le commerce (pas en DVD ou bluray en tout cas), il n'a jamais été réédité sur ces supports, à ma connaissance, et en tout cas il n'est pas disponible sous ces formats aujourd'hui. Il est visible sur internet, en cherchant un peu.


2 commentaires pour “« Croisières Sidérales », un bijou méconnu”

  1. Natalia Répondre | Permalink

    Le film est consultable à la Cinémathèque française

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