« Études supérieures » n’est pas synomyme de « Université »

14.09.2017 par Richard Taillet, dans Uncategorized

Ce matin en me rendant au laboratoire, j'écoutais le 7-9 de France Inter. L'invitée était Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur et son propos, pour ce que j'en ai entendu[1], était le suivant :

« L'accès aux études supérieures est un droit pour tous les bacheliers »

C'est une belle idée, et si effectivement on considère que l'obtention du baccalauréat permet d'affirmer que l'étudiant est prêt à accéder aux études supérieures et a de bonnes chances d'y réussir[2], elle me semble même s'imposer. Cependant, très rapidement le propos (malgré la ténacité de l'animateur) s'est concentré sur l'accès aux formations de licence à l'université, en particulier sur la question sémantique de savoir si le fait de dissuader les étudiants de choisir telle ou telle voie pouvait s'assimiler à de la sélection[3].

Toutefois, les études supérieures en France couvrent un spectre beaucoup plus large que « les licences à l'université ». Or, je n'ai jamais entendu personne s'offusquer du fait que tout étudiant bachelier ne puisse pas, de droit, accéder aux autres voies, en particulier les IUT ou les classes préparatoires aux Grandes Écoles, qui sont aussi des composantes de l'enseignement supérieur. Pourquoi ? Quelle est la particularité des licences universitaires qui fait que l'idée semble alors naturelle ?

Si quelqu'un a des éléments de réponse, je suis sincèrement intéressé !

Notes

[1] Je n'ai pas tout entendu : d'une part j'ai raté le début, puis j'ai coupé le son quand mes réactions aux propos ont commencé à affecter ma conduite... J'ai ensuite réécouté la partie disponible en réécoute.

[2] Je vais faire semblant d'admettre ce postulat, pour ne pas m'éparpiller.

[3] Note pour les débutants : le mot « sélection », c'est le tabou, le mal absolu, la mine anti-personnel du discours public : si vous avez une quelconque responsabilité politique en rapport avec l'éducation, ne jamais jamais jamais le prononcer.


7 commentaires pour “« Études supérieures » n’est pas synomyme de « Université »”

  1. Yves Répondre | Permalink

    Bonjour,
    peut-être cela vient-il du fait que les formations en IUT et en écoles d'ingénieurs sont à but professionnelle alors qu'en première intention la formation universitaire a (avait ?) un objectif plus académique.

    En ce sens, l'accès à la connaissance ne peut être soumis à une sélection alors que cela peut (et doit) être le cas dans le cadre d'une formation professionnelle.
    Bonne journée

    • Antoine Répondre | Permalink

      Mais je doute que les personnes qui s'inscrivent à l'université le fassent dans le but de faire des études de sujets qui ne leur serviront à rien dans leur vie active. Ils sont juste désespérément à la recherche d'une voie professionnelle. Donc c'est une grosse hypocrisie de les envoyer à l'université quelque part.

      Ou pas - quand on sort de l'université, en physique, on a un boulot. Si on a un diplome bien sûr. La seule chose c'est que c'est les moins préparés qu'on envoie à l'université. Nous avons une année de remise à niveau, tellement demandé qu'on refuse du monde.... qu'on inscrit en L1. Echec assuré !

      • Yves Répondre | Permalink

        Bonjour,
        Dans ma réponse j'indiquais que, d'après moi, l'université avait historiquement plusun objectif de diffusion de savoirs et de recherche que de formation professionelle bien que les facultés de droit et de médecine sortent de ce cadre. Il est vrai, cependant, que cette mission semble évoluer.

    • Piou Répondre | Permalink

      Concernant les I.U.T., il y a aussi une forme d'hypocrisie, puisque 80% des diplômés poursuivent leurs études. Certains établissements ont d'ailleurs une option '' poursuite d'études '' alors qu'autrefois celles-ci étaient centrées sur le cœur du métier ( Automatique, Electrotechnique pour le Génie Electrique).

  2. oliva Répondre | Permalink

    Yves m'a coupé l'herbe sous le pied

    .Ajoutons que la sélection à l'université ,c'est la voie ouverte à la privatisation , à la fin des diplômes nationaux (également pour le recrutement des encadrants) c'est s'aligner sur le modèle outre atlantique.
    Pour la petite histoire et à titre personnel,cela demandrait une étude scientifique, mais . l'approche de diplômés de grandes écoles ou d'universités , a formation diplômantes , voisines sur des problèmes
    de société différe d'ou interrogations sur les modalités de la sélection (le rôle du formatage).J'ai oublié de rappeler l'importance de ce qui se met déjà en place qui'est la régionalisation .

  3. Renaud Répondre | Permalink

    Peut-on déjà avant de commencer à chercher des solutions poser le problème?
    --> Il y a trop de monde, pas assez de place, pas assez d'argent publique ou une volonté de ne pas en dépenser pour accueillir tous les élèves en formant et payant des profs convenablement (sans parler de l'état physique des universités) si on en croit la politique d'austérité mise en place (bien réfuté par Mark Blyth).
    Autre soucis au moment d'entrée dans le monde professionnel une fois le diplôme acquis, on se rend compte très vite que celui-ci ne sert plus à grand chose et qu'avoir des connaissances qui ont des connaissances vous permet de travailler bien plus vite que d'avoir une mention qui prouvent vos connaissances. Les prix des écoles de commerce se justifie donc.

    La solution? On a élu un banquier qui sort de l'ENA 10ans après la crise de 2008 Celui-ci croit dur comme fer en la théorie économique libéral classique qui a émergée de la finance libéral des années 70 (qui avait déjà été pris en défaut par Mandelbrot dès les années 60 et par beaucoup d'autres ensuite) . Les solutions ne sont plus à l'ordre du jour. Se préparer pour les dégâts à venir du mieux possible en ne comptant plus trop sur les institutions mise en place me semble prudent.

    La seule personne qui pourrait prétendre avoir une solution serait un voyageur temporel qui serait allé lire quelques livres d'histoire de l'année 2100 pour savoir comment on aurait pu éviter le pire au moment clé. Mais dans un blog de physique, les voyages dans le temps sont malheureusement interdits....

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