Pourquoi j’adore le film « Interstellar » : addendum

Le film « Interstellar » de Christopher Nolan déchaîne les passions, et on a pu voir des grands noms de la diffusion de la connaissance donner un avis scientifique sur ce film [1], notamment Pierre Barthélémy qui en parle ici, et à qui on fait dire qu'il n'a pas aimé le film (je ne suis pas sûr que ça soit le cas en fait). Du coup, je voudrais défendre ce film, de façon amicale et cordiale bien sûr, sans même chercher à « démonter » les arguments qui sont avancés contre le film, on a encore le droit d'aimer ou pas un film !!! 🙂 Oui, certains aspects du film sont invraisemblables, oui on peut y trouver des contradictions. Je suis le premier à râler quand ça se produit au cinéma, mais pas cette fois. Ici c'est fait avec intelligence et c'est rare, en SF au ciné, l'intelligence. J'ai analysé ailleurs un point de physique particulier, je veux ici réagir de façon plus générale.

Ce film me touche en tant qu'enseignant, entre autres. Christopher Nolan, dans ce film, nous raconte un belle histoire, et y parsème quelques éléments de physique, dans un domaine qui fascine généralement le public. Sans insister lourdement sur des aspects techniques qui seraient de toute façon trop longs à expliquer dans un film, il utilise quelques effets physiques comme éléments de scénario. On peut discuter de l'authenticité scientifique de certaines scènes, mais c'est ce que fait, au quotidien, l'enseignant ! Pour parler de choses complexes, on est obligé de mentir, de cacher des subtilités, dans un premier temps. Combien d'étudiants ont été dégoûtés de l'électromagnétisme par un prof qui leur balançait quatre équations différentielles vectorielles au tableau, en guise d'introduction, en lançant « voilà, maintenant on va résoudre ça » ? De même, un film de SF qui traite d'un coup des subtilités des distortions spatio-temporelles dues au trou noir, des aspects liés au voyage dans l'espace, de l'intérieur des trous noirs, des dimensions supplémentaires, etc., aurait été inregardable. Au lieu de cela, avec beaucoup de finesse, le réalisateur nous montre par exemple de gigantesques vagues sur la planète engloutie. Pourquoi de si grandes vagues ? Si quelqu'un pose la question, on pourra faire de la physique ensemble, parler des effets de marée dûs à la gravitation du trou noir, se demander ensemble si ces vagues sont réalistes ou non. De façon plus explicite, le réalisateur invite les spectateurs à s'interroger sur la question du temps en physique, sur son aspect relatif, sur la relativité générale. Si l'élève, pardon le spectateur, se pose une question pertinente, c'est gagné... Et ici, ça l'est effectivement, à mon avis.

J'avais réagi de la même façon en voyant le film « Inception » du même réalisateur, où la notion d'apesanteur était amenée de façon magistrale (c'est pour moi le film où cette notion est la mieux comprise et exposée). Pourquoi des personnages en train de tomber d'un pont rêvent-ils qu'ils flottent dans une chambre d'hôtel ? Merveilleuse question pour aborder des notions de mécanique ! Ce film nous exposait l'idée d'une graine plantée dans l'esprit d'autrui, pour la laisser grandir : n'est-ce pas le fondement de la pédagogie ? Christopher Nolan en donne dans « Interstellar » un superbe exemple.

J'ai dit que j'adorais ce film ? 🙂

 

Note

[1] Guillaume Blanc dans « Les Tribulations d'un Astronome », Pierre Barthélémy dans « Passeur de Science », Eric Lagadec sur « Télérama », Alain Riazuelo dans « Sciences et Avenir », Laurent Sacco sur Futura-Sciences, etc.


10 commentaires pour “Pourquoi j’adore le film « Interstellar » : addendum”

  1. patricedusud Répondre | Permalink

    Vous avez parfaitement raison d'affirmer que vous avez le droit d'aimer ce film J'entends aussi votre argument pédagogique qu'il vaut mieux de prendre des raccourcis pour répondre à une question pour activer le curiosité de nos bambins (et d'ailleurs en général du spectateur).
    Pour autant vous ne répondez pas à l'objection de ... taille sur le trou de verre 10 puissance 20 fois plus petit que le rayon d'un atome...
    En fait j'aime bien la vidéo de Pierre Barthélémy et aussi vos billets; Je crois que les deux donnent plutôt envie d'aller voir ce film.
    Ils ont aussi tout deux une grande vertu pédagogique sur ce monde fascinant de la relativité générale et du monde quantique.
    Au fait pourquoi ne pas envisager une téléportation qui défit la vitesse de la lumière basée sur le phénomène de téléportation quantique?

    • Richard Taillet Répondre | Permalink

      Merci pour votre commentaire !

      La question du trou de ver est surement la plus facile à répondre : les personnages sont censés arriver à décrire, comprendre et surtout contrôler la gravitation de manière beaucoup plus fine que nous aujourd'hui, et on peut très bien imaginer qu'ils parviennent à faire autre chose qu'un trou noir de Schwarzchild. Il est même suggéré que le trou noir est en rotation, ce qui rend la singularité central plus complexe et structurée. Si le réalisateur me dit "avec cette connaissance de la gravitation, incluant probablement de effets quantiques de façon propre, on arrive à faire des trous de ver dont la taille est macroscopique", j'achète... 😉

      • Richard Taillet Répondre | Permalink

        Pas sûr que ma réponse soit très claire, je précise : l'ordre de grandeur que vous indiquez pour la taille du trou de ver, ça vient d'une analyse dimensionnelle en essayant de deviner à quelle échelle les effets quantiques se font sentir dans un trou noir. Or, personne ne dispose aujourd'hui d'une théorie quantique de la gravitation, et cet argument d'analyse dimensionnel n'a rien de définitif. Qui aurait pu deviner, par exemple, que des effets quantique permettraient de stabiliser des objets de la taille d'une naine blanche ?

  2. Diziet Sma Répondre | Permalink

    Bonsoir , sympa de refaire un papier sur le film de Christopher Nolan que j'ai trouvé également aussi magnifique qu'intéligent.
    J'ai lu qu'il avait pris Kip Thorne comme conseiller scienrifique et qu'il l'a suivi assez scrupuleusement.
    Faut dire que personne n'a jamais vu un trou noir (au moins directement) et que ce n'est pas à priori un objet trés cinematographique...
    Pour rebondir sur les manifestations macroscopiques des phénomènes quantiques,pourquoi n'existent-ils pas dans notre quotidien,alors que comme vous l'expliquez,ils ont été mis en évidence à l'echelle d'une naine blanche ou d'une étoile à neutrons ?

    • Richard Taillet Répondre | Permalink

      Bonsoir !

      Si si, on observe des effets quantiques dans notre quotidien, à l'échelle macroscopique, même si on ne s'en rend pas forcément compte : la stabilité des atomes et des molécules, pour commencer, mais aussi le phénomène de conduction électrique, ainsi que certains phénomènes magnétiques (l'existence des aimants par exemple) !

    • david statucki Répondre | Permalink

      Bonsoir,

      Kip thorne ne s'est pas limité qu'au rôle de conseiller scientifique, un livre aussi: https://interstellar.withgoogle.com/transmissions, pas mal le merchandising, alors après l'analyse du film, celle du livre, un drôle de cycle pour un film de science fiction ?, En tout cas Merci Richard pour votre engagement passionné.

      Amicalement

  3. Xavier Répondre | Permalink

    Bonjour,

    J'ai beaucoup aimé ce film également, mis a part quelques détails "anachroniques" :
    - le super robot qui affiche ses logs sur un écran ???
    - le PC portable "actuel" qui dénote un peu.
    - etc.

    il m'a permis de parler physique avec mes grands ados (marées, relativité) ; j'ai même ressortis mes vieux cours de relativité !

    Mais quand j'ai entendu ce qu'en ont pensé les critiques du masque et la plume http://www.franceinter.fr/depeche-interstellar-ce-nanar je suis pris d'un gros doute sur le message scientifique qui n'a pas l'air de passer...

    Dommage.

  4. T-shirt & cinéma Répondre | Permalink

    Moi aussi j'ai beaucoup aimé ce film, mais la fin est venu mettre un voile sur mon plaisir. Je n'ai pas compris ce que le père disait à sa fille en morse pour lui permettre de sauver l'humanité. Soit j'ai raté un truc, soit Nolan nous a pris pour des billes....

  5. M-A Jeulliau Répondre | Permalink

    Monsieur Richard TAILLET,

    Votre article me sera d’un précieux conseil pour acquérir ce film en DVD vu qu’il ne m’est plus possible d’apprécier les sorties cinéma.

    Ce n’est pas la première fois que je croise une de vos savantes interventions sur le net. Il faut dire que nous avons des questionnements communs mais l’enthousiasme dont vous faite preuve dans cette vidéo me pousse aujourd’hui à espérer que vous ne négligerai pas de répondre favorablement à la requête ici formulée.

    En réinterprétant des expériences faites par le passé à l’aune de ce que sait la science aujourd’hui, il peut être expérimentalement soutenu que l’espace de la mécanique quantique est non seulement l’équivalent de l’espace temps einsteinien, mais aussi de l’éther porteur des photONDES de lumière DONC de toute énergie, DONC de ce que nous appelons matière et que les fondateurs de la MQ avaient dénommé quanta ondes corpuscules.

    Ainsi, si un photon est bien reconnu comme étant un soliton en forme d’anneau émis par l’électron lorsque celui-ci se sépare de l’onde d’étrave qu’il produit comme une vague solitaire (cf. navire de surface et sous-marin) en se « propageant-déplaçant » dans un éther-espace-temps quantique, alors TOUT finit par s’intégrer et s’expliquer dans un modèle réaliste très simple … qu’encore naissant en 1990 j’avais pu présenter à feu JC. Pebay-Peyroula à l’université Joseph Fourier de Grenoble, ainsi qu’à feu J. Gréa à l’université Claude Bernard à Lyon.

    Hélas ! Malgré une aide proposée à leur manière par chacun d’eux, cela dérangeait beaucoup et manifestement c’était encore trop tôt et pas abouti.

    Je reste convaincu que si j’ai mis le doigt sur un truc aussi fou c’est parce que j’ai vécu cette passion en amateur. Je suis resté un amateur, et mon état de santé allant maintenant se détériorant rapidement (Sep, DID et tutti quanti) ces derniers temps j’ai essayé de diffuser et d’intéresser le plus de monde possible à ce que j’avais mis en lumière, qui est extrêmement simple et qui in fine s’impose. Allant jusqu’à, sans le savoir, aller « pourrir » le blog ‘‘Une science étonnante’’ article « Que faire des résultats scientifiques révolutionnaires démontrés par des amateurs incompris ?.» Commentaires ci-dessous et précédents … : http://sciencetonnante.wordpress.com/2014/12/01/que-faire-des-resultats-scientifiques-revolutionnaires-demontres-par-des-amateurs-incompris/

    Pour mémoire : « Cependant, si nous découvrons une théorie complète, elle devrait un jour être compréhensible dans ses grandes lignes par tout le monde, et non par une poignées de scientifiques. Alors, nous tous, philosophes, scientifiques et même gens de la rue, serons capables de prendre part à la discussion sur la question de savoir pourquoi l’Univers et nous existons. Si nous trouvons la réponse à cette question, ce sera le triomphe ultime de la raison humaine – à ce moment, nous connaîtrons la pensée de Dieu. » (vous aurez reconnu Stephen Hawking in Une brève histoire du temps.)

    Je propose donc que nous nous rencontrions pour en parler, à votre convenance dans un bureau, ou ailleurs autour d’un verre ou d’un repas.

    Votre réponse m’étant donnée ici, je vous envoie un mail en réponse avec mon N° de tel.

    À vous lire. M.A Jeulliau.

Publier un commentaire