Sunshine (2007)

02.10.2013 | par Richard Taillet | Regards

« La Terre se refroidit car le soleil se meurt ». Ce film de Danny Boyle commence mal, en énonçant un contresens scientifique total, sur lequel sera basé l'ensemble du film : le Soleil arriverait en fin de vie et demanderait à être rallumé, grâce à une bombe thermonucléaire « de la taille de Manhattan », emportée par le vaisseau spatial Icarus II. D'une part la physique des étoiles, du Soleil en particulier, est aujourd'hui bien comprise et l'étape suivante (dans quelques milliards d'années) est une augmentation de sa luminosité, et non une diminution (c'est une subtilité des systèmes gravitationnels, les fusions nucléaires maintiennent le Soleil et l'empêchent de s'effondrer, elles régulent sa température en l'empêchant d'augmenter davantage !). D'autre part, Manhattan, c'est certes grand à l'échelle humaine, mais c'est minuscule à l'échelle du Soleil. Si le Soleil avait la taille d'une pomme, la bombe emportée par Icarus II aurait la taille d'un grain de sel (fin)...

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Le réalisateur nous offre ensuite, via l'ordinateur de bord, une jolie animation montrant comment la bombe sera déposée dans le Soleil. Là encore, c'est n'importe quoi. On y voit Icarus s'arrêter aux abords du Soleil (au mépris des lois élémentaires de l'inertie : on ne s'arrête pas comme ça, dans l'espace) et lâcher la bombe (qui, elle, semble avoir mieux compris les lois de la gravitation que le vaisseau spatial et tombe gentiment vers le Soleil). Puis l'ordinateur et le physicien de service annoncent, implacables, qu'une fois atteinte la surface du Soleil, toute prédiction physique devient impossible car « entre les boosters et la gravité du Soleil, la vitesse de la bombe sera si élevée que l'espace et le temps seront complètement intriqués ». Hum. La gravité à la surface du Soleil est 28 fois supérieure à la gravité terrestre, et ma casio de poche devrait réussir à calculer la trajectoire de la bombe avec une précision tout à fait raisonnable !

Pourquoi nous infliger trois minutes d'explications d'apparence scientifique si c'est pour délivrer un tel tissu d'âneries ? Y a-t-il des spectateurs qui seront contents d'entendre quelque chose de faux ? En quoi cela sert-il le film ?

Je ne l'ai pas encore dit, et ce n'est surement pas évident avec ce qui précède, mais j'aime beaucoup ce film, notamment pour sa photographie, pour les références à d'autres films et pour la métaphore de la chute, qu'on retrouve en filigrane du début à la fin du film. Qui aime bien châtie bien, je continue.

Plus tard, Danny Boyle reprend une scène du 2001 de Kubrick, en en proposant un version survitaminée. Un personnage doit passer du sas d'un vaisseau à un autre, en traversant 50 mètres de vide, en emportant deux de ses compères qui ont oublié leur combinaison et leur casque (c'est ballot...) et se protègent comme ils peuvent avec du papier d'alu. Première grosse erreur dans cette scène : lors de la traversée du vide, un des personnages s'écarte de sa trajectoire et rate l'entrée du deuxième sas. On le voit alors dériver en s'éloignant inexorablement du vaisseau, le visage complètement gelé. Or on ne gèle pas dans l'espace. Ou en tout cas pas avant environ 1h30 (ceci se calcule très bien dans le cadre de la thermodynamique enseignée en licence). Bien au contraire, l'effet de la diminution de la pression serait plutôt de faire bouillir les liquides. Pour un astronaute, le risque est l'embolie, la formation de bulles dans le sang, comme pour les plongeurs qui remontent sans palier. C'est documenté, c'est même probablement une des premières questions que ce sont posées les scientifiques lorsque des astronautes ont fait les premières sorties dans le vide, en combinaison. Deuxième grosse erreur : lorsque les personnages restants atteignent le sas, ils appuient sur le bouton d'urgence qui restaure la pression, et se retrouvent d'un coup plaqués au plafond (ne me demandez pas pourquoi au plafond), comme si c'était la pression qui était responsable de la gravité ! Là encore, il suffit de regarder les nombreuses vidéos tournées dans la station spatiale internationale pour se rendre compte qu'on peut être en apesanteur dans un environnement sous pression. Au passage, dans la scène correspondante dans 2001, cette erreur n'est pas présente, on voit bien Dave Bowman continuer à flotter en apesanteur une fois la pression restaurée.

Pourquoi tant d'acharnement de ma part ? C'est un film, un divertissement, pas un cours de physique, après tout ! C'est vrai, mais dans ce cas, Danny Boyle s'est permis de mettre en avant le réalisme scientifique de son film, en indiquant s'être appuyé sur le conseil du physicien des particules Brian Cox (voir ici et ) Au vu de la grande qualité de ce physicien, je doute fortement que, si effectivement il a été consulté, son avis ait été considéré à sa juste valeur pour les points que je mentionne plus haut...

Ce qui m'échappe, vraiment, dans tout ça, c'est comment un réalisateur peut dépenser 40 millions de dollars pour un film, et laisser passer de telles bourdes : le film n'aurait rien perdu en s'appuyant sur de la physique correcte, ou au moins pas aussi manifestement fausse !


19 commentaires pour “Sunshine (2007)”

  1. Albert Répondre | Permalink

    continuez ce genre de démontage ! c'est comme regarder Dr. H.... ou la série Urg..... avec des médecins!

  2. kedja Répondre | Permalink

    Merci ! Je n'ai pas vu le film mais ta critique m'a fait beaucoup rire, j'ai bien envie de voir ce film seulement pour constater ces supercheries...

  3. Thibault Répondre | Permalink

    Moi j'ai du mal à être tolérant dans ces cas là, même quand c'est présenté comme un divertissement et uniquement comme tel. Il n'y a pas de différence fondamentale entre une affirmation à propos des effets de la gravitation et une affirmation à propos d'un événement plus trivial.
    Dans tous les cas, chercher à prédire le résultat exact d'une série d'interactions, ou en d'autres termes, d'essayer de décrire une chaîne causale, revient au même quand le sujet est compliqué et quand il est compris intuitivement. C'est exactement le même question.
    Il me semble que si on ne peut tolérer des abérations à propos de sujets triviaux, alors la seule position raisonnable est de demander de la rigueur à propos de tous les sujets qui peuvent faire l'objet d'un questionnement via la méthode scientifiques, ce qui englobe absolument tout l'univers par définition.
    Et ce même si le film n'est "que" un divertissement.

    "A court de munitions, il décida de tenter le tout pour le tout. Il se jeta sur son adversaire, lui attrapa le bras et se mis à le frotter très fort. Alors que la boule de feu englobait tout son corps, le malheureux hurla de terreur : what the f***? "

  4. david statucki Répondre | Permalink

    Bonjour,

    Dans le même registre avec un classement des pires erreurs: http://www.telegraph.co.uk/culture/film/film-news/6274053/The-20-worst-science-and-technology-errors-in-films.html

    et il y en a beaucoup d'autres chez nos amis les anglais et américains.

    On verra fin octobre si le film "Gravity" ( visiblement prometteur pour les critiques cinématographiques) est à classer dans cette longue liste.
    Ceci étant des invraisemblances dans certains films hors du domaine scientifique, il y en a aussi.

    Amicalement

    • Richard Taillet Répondre | Permalink

      En effet ! Pour la dernière remarque, ça m'agacerait tout autant si dans un film historique, pour lequel le réalisateur dirait avoir fait appel à des historiens de renom, celui-ci mettait la prise de la Bastille à Tombouctou (car c'est de ce genre d'erreur qu'il s'agit !)...

      • david statucki Répondre | Permalink

        Du genre Gladiator de Ridley scott par exemple, rempli d'anachronismes, moi aussi cela m'agace.

        Amicalement 😉

  5. Edgard Neuman Répondre | Permalink

    ne regardez jamais un épisode de Doctor Who

  6. Aerobar Répondre | Permalink

    "Manhattan, c'est certes grand à l'échelle humaine, mais c'est minuscule à l'échelle du Soleil. Si le Soleil avait la taille d'une pomme, la bombe emportée par Icarus II aurait la taille d'un grain de sel (fin)..."
    Euuuh... Manhattan, 20 km dans sa plus grande longueur et le Soleil, 1 400 000 km de diamètre : cela fait un rapport d'un sur 60 000 et donc, pour une pomme de 10 cm de diamètre - a very big apple 😉 - cela ferait un grain de sel de la taille d'un micron, plutôt, non ?

  7. JL Marguerin Répondre | Permalink

    Or on ne gèle pas dans l'espace. Ou en tout cas pas avant environ 1h30 (ceci se calcule très bien dans le cadre de la thermodynamique enseignée en licence). Bien au contraire, l'effet de la diminution de la pression serait plutôt de faire bouillir les liquides.
    ***********************************************************************************************
    Par contre l'eau bout à 85 °C en haut du Mont-Blanc,même si on a le bout des doigts gélés...
    On peut en profiter pour se poser la question:la température de solidification de l'eau varie-t-elle selon la pression ambiante ?
    D'autre part,sans scaphandre et dans le vide,on doit se déhydrater très rapidement.
    mais celà n'empêche pas le scénariste d'avoir une vision mystique ou politique du futur -tout comme les auteurs de la Génèse on eu du passé.Juste une "image"
    Et,à propos d'agacement,les visions scientistes pour ne pas dire totalitaires de certains scientifiques ,voire revue vulgarisatrices qui sortent allègrement du rationnel ,le sont quelquefois tout autant et offre un vaste champ d'investigations.

  8. JL Marguerin Répondre | Permalink

    On peut en dire autant "d'Alice au pays des merveilles" ,par exemple.
    Pour en revenir à la sortie d'astronaute sans combinaisons,ils risquent aussi la dilatation de leur cage thoracique et de se déhydrater assez rapidement,non seulement les gaz dissous vont se dilater,mais l'eau contenue dans le corps humain (45 kilos environ) risquede passer en phase vapeur.
    Pour en revenir à Alice au pays des merveilles,le scénarite veut peut-être lancer un message mystique ou politique.
    Si cela agace,pas autant que certains scientifiques qui ont cautionné la guerre en Irak en prétextant des ADM,pour ne citer que celà.
    Si celà agace,pas autant que certains scientifiques qui se retranchent derrière le scientisme ou le totalitarisme pour ostraciser toute autre formes de pensées ou manière de vivre et le champ d'investifgation est vaste en ce domaine

    • Richard Taillet Répondre | Permalink

      Je ne comprends pas le rapport avec Alice au Pays des Merveilles : le réalisateur ne prétend pas présenter un film scientifiquement correct, si ?

      Pour votre commentaire sur l'eau du corps : non elle ne se vaporise pas, elle est retenue dans les cellules dont les parois exercent une pression, c'est un peu plus compliqué qu'une goutte d'eau dans le vide.

      Pour la fin de votre commentaire, je n'ai pas envie de me laisser entraîner dans une discussion qui n'a absolument rien à voir avec le sujet du post ! (et oui certes on peut toujours s'agacer de pire, ce n'est pas une raison pour ne pas s'agacer du tout)

  9. jp Répondre | Permalink

    bonjour David. Voila un billet intéressant et qui permet de mieux comprendre le fonctionnement du monde imaginaire. Car nous sommes bien dans l'imaginaire pur, puisque la réalité objective ou matérielle dépend d'une observation. Comment observer la proposition "le soleil se meurt" ?
    Traitons ce problème sur le plan logique dans chacune des trois options possibles.

    1- la proposition est FAUSSE. Nous sommes dans une pure fiction puisque la déduction est irréelle. Que la terre se refroidisse ou non, n'est pas lié, ni pratiquement, ni théoriquement au fait que le soleil se meurt. Le film est un roman et il est inutile de lui opposer des principes scientifiques.

    2- La proposition est VRAIE. Il reste à démontrer la relation de cause à effet avec le refroidissement de la Terre. Ce qui me semble présomptueux car les deux processus n'ont pas la même taille. La durée de vie du soleil étant largement supérieure à une fluctuation mesurée du refroidissement. Il ne peut y avoir synchronisation de l'un sur l'autre. Sauf à définir des "cycles" ou "périodes".
    Supposons tout de même que ce soit le cas.
    Le film décrit un processus élaboré par l'homme pour suppléer une défaillance de la Nature. Orgueil démesuré ou ignorance cosmique ? Ce processus reste de la fiction et les étapes qui le décrivent n'ont aucune obligation de rejoindre les théories scientifiques que vous opposez, qui sont, elles aussi imaginaires, au sens où elles n'ont pas été vérifiées dans les conditions adéquates. Elles sont donc théoriques, et le résultat attendu, également théorique.
    Il n'est pas prouvé que les lois physiques définies sur Terre soient universellement applicables en tous lieux du cosmos, juste "admis" par une communauté terrestre.

    3- la proposition est NEUTRE. Traduisez NI VRAIE ; NI FAUSSE. Nous situerons ceci au "milieu" d'une fonction logique, discrète, mais transformable en continue.
    En ce cas, il convient d'approfondir par des observations la réalité de la proposition (si nous voulons réagir en authentiques scientifiques qui refusons de gober sans réfléchir toutes les pseudo affirmations de soi-disant savants).
    La durée de vie du soleil étant "finie" (heureusement, sinon la proposition serait automatiquement FAUSSE, comment un système infini peut-il mourir ?), alors elle s'étale continûment entre deux bornes appelées "début" et "fin" et nous pouvons appliquer le théorème simple des valeurs intermédiaires et affirmer qu'il existe une "bascule" médiane. Hélas, nous ne pouvons "calculer" sa position spatio-temporelle car nous ignorons les positions "début" et "fin" avec une précision absolue.
    Alors, comment savoir si nous sommes "avant" ou "après" la bascule ?
    Même dans ce cas, le processus reste une fiction.

    CONCLUSION : Dans tous les cas logiques, théoriquement envisageables, le film est une fiction qui veut se donner un pseudo caractère scientifique grâce à l'aura de certains conseillers intervenants.

    On peu vraiment se demander : dans quel but ?

    • Richard Taillet Répondre | Permalink

      Vous écrives "si nous voulons réagir en authentiques scientifiques qui refusons de gober sans réfléchir toutes les pseudo affirmations de soi-disant savants", ce qui est un non-sens absolu. Si nous voulons réagir en authentique scientifiques, ben faisons de la science : ça ne veut dire pas dire "classer les affirmations en VRAIES ou FAUSSES" comme vous le faites plus haut, mais ça signifie de se conformer à la méthode scientifique.

      Que le film soit une fiction, tout le monde l'a compris à partir du moment où il entre dans une salle de ciné... Votre "Car nous sommes bien dans l'imaginaire pur, puisque la réalité objective ou matérielle dépend d'une observation" ne fait aucun sens pour moi. La physique est basée sur des observations, mais je n'appellerais pas ça de l'imaginaire pur. L'écran sur lequel vous lisez ces mots en est la preuve tangible : comprendre le monde qui nous entoure d'une manière scientifique (et je ne nie absolument pas qu'il y a d'autres manières tout aussi importantes de comprendre le monde) permet de réaliser des choses très concrètes. En se basant sur des affirmations fausses, on n'arrivera à rien qui marche (ou sauf par hasard, mais c'est un autre débat).

      Quand à "avant" ou "après", comme je l'écris plus haut, le cycle de "vie" (terme malencontreux mais concacré) des étoiles est suffisamment bien compris pour qu'on sache avec une très bonne précision où en est notre Soleil et ce qui va lui arriver au cours des prochains milliards d'années !

  10. jp Répondre | Permalink

    L'objectivité est une obligation rationnelle et votre réponse est étonnamment SUBjective. Inconsciemment, vous classez comme "FAUX" TOUTES mes propositions. Ce qui n'est pas raisonnable.
    La structure psychique des choses qui organise les groupes et les différencie est du type VRAI/FAUX avec position neutre.

    Je rappelle que la confrontation pratique d'un résultat théorique est la seule garante de la réalité matérielle. Jusque là ...

    Et je rappelle également que la notion de "milieu" n'est possible que si on connait les extrémités ! Ce qui n'est possible qu'à ... un epsilon chouia près .... et que dans cet epsilon chouïa on peut faire rentrer un Univers tout entier. Aberrant, n'est-il pas ? Ah ! cet espace-temps de Planck ... de taille nulle ou infinie ?

    Ne nous énervons pas et restons courtois. Mais ne gobons pas tout sous prétexte d'un label scientifique d'une Autorité qui peut être contestable. Celle de la CIA, par exemple !

    cordialement.

  11. Bad Wolf Répondre | Permalink

    Bonsoir,

    Je profite de cet article pour dire j'aime beaucoup les scilogs et particulièrement celui-ci. Courts et efficaces, les articles ont aussi le mérite d'être bien écrits, compréhensibles par le plus grand nombre et parfois drôle (si, si).

    Je trouve cependant dommage que certains viennent profiter de cette vitrine pour étaler une pseudo-philosophie pompeuse et arrogante. De plus, le caractère très alambiqué de ces commentaires n'est là que pour servir l'orgueil de son auteur. En effet, car si sur la forme cela a l'air compliqué, j'ai l'impression que l'auteur (des commentaires) utilise la complexité de cette forme pour cacher la banalité et la pauvreté de son fond. Le seul intérêt de ces commentaires est surement leur réponse beaucoup plus limpide et raisonnée.

    Tout le monde (et même cette personne) est libre d'écrire ses idées et ses pensées mais j'ai l'impression que celles-ci soient embrumées par quelques substances. Je ne peux donc que lui conseiller de suivre le vieil adage : Boire ou écrire, il faut choisir ! (pas valable pour tout le monde cependant 🙂 )

    Sinon, continuez comme ça, j'attends vos prochains articles avec impatience. Je dois quand même dire que la majorité des autres commentaires restent intéressants et intelligents. Merci.

    Cordialement 🙂

  12. Eldon Répondre | Permalink

    Vu que ce film est repassé ce weekend, et que son revisionnage (la première fois j'avais profité du spectacle sans trop me poser de questions) m'a amené ici car en effet ce que j'aime dans les films, c'est une logique dans son propre monde, sinon je ne rentre pas dedans, l'autre grosse question est le manque d'oxygène anoncé qui justifie la disparition de 3 membres d'équipage (merci tintin) hors coté bombe, il semble y avoir de l'air a foison, bien plus que pour tenir les 20h manquantes pour 7 personnes (d'ailleurs je cherche aussi la justification scientifique au fait de pressuriser un si grand volume dans une zone pas spécialement destinée a la vie).

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