Total Recall (2012)

17.07.2013 | par Richard Taillet | Regards

C'est parfois vraiment difficile, en entrant dans une salle de cinéma, de laisser au vestiaire sa casquette de physicien...

Le film « Total Recall » de Len Wiseman (2012) est le remake d'un film de Paul Verhoeven (1990), lui-même adaptation d'une nouvelle de science-fiction de Philip K. Dick (1966). On peut pousser cette généalogie un peu plus loin, puisque le film démarre sur une grossière erreur de physique datant de 1869. Cette année-là, Jules Verne publie le roman « Autour de la Lune » dans lequel on peut lire

En effet, la trajectoire du projectile se traçait entre la Terre et la Lune. À mesure qu’il s’éloignait de la Terre, l’attraction terrestre diminuait en raison inverse du carré des distances, mais aussi l’attraction lunaire augmentait dans la même proportion. Il devait donc arriver un point où, ces deux attractions se neutralisant, le boulet ne pèserait plus. (...) Or, comment reconnaîtraient-ils que le projectile avait atteint ce point neutre situé à soixante- dix-huit mille cent quatorze lieues de la Terre ? Précisément lorsque ni eux ni les objets enfermés dans le projectile ne seraient plus aucunement soumis aux lois de la pesanteur.

L'erreur est de penser que l'apesanteur (Jules Verne décrit ensuite les corps qui flottent pendant quelques minutes) est synonyme d'absence de force gravitationnelle : tout corps en chute libre est en situation d'apesanteur, c'est même aujourd'hui un des fondements de notre compréhension de la gravitation. Len Wiseman commet la même erreur, 150 ans plus tard. Le monde décrit dans le film a été ravagé par une catastrophe et seules subsistent deux régions situés aux antipodes l'une de l'autre. Les hommes du futur ont construit un puits qui traverse la Terre de part en part.

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Pour l'utiliser au transport de passagers, une cabine est lâchée à une extrémité, tombe dans le puits jusqu'à atteindre l'autre côté à vitesse nulle (ce qui serait effectivement correct en l'absence de frottements, à ceci près que le calcul de la durée du trajet en chute libre donne 42 minutes et non les 7 minutes annoncées sur l'afficheur). Len Wiseman met les personnages en situation d'apesanteur au moment où la cabine passe au centre de la Terre (là où la gravité est nulle) alors qu'ils devraient l'être pendant toute la chute !

C'est d'autant plus dommage qu'il rate une deuxième fois son coup dans une scène suivante : pour mettre fin à une course poursuite de véhicules suspendus à une piste magnétique, un des véhicules est volontairement détaché et se met à tomber d'une hauteur de plusieurs dizaines de mètres. L'erreur, cette fois, consiste à coller les personnages au plafond de la voiture pendant la chute. La scène réaliste du point de vue physique aurait été tellement plus belle : la voiture se mettrait à tomber en silence (c'est le cas dans le film, le tumulte qui accompagne la poursuite cesse précisément à ce moment-là), les personnages se décolleraient un peu de leur siège, dans un moment de grâce et d'apesanteur (comme dans « Inception » où la scène correspondante est parfaitement réussie), jusqu'au moment où la voiture atteint le sol et où le tumulte peut reprendre.

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Une troisième scène, cependant, rachète largement le cinéaste aux yeux du physicien. Au cours d'une des séquences d'apesanteur dans l'ascenseur qui traverse la terre, un des personnages a l'idée de se propulser en utilisant le recul d'un fusil mitrailleur (la solution de nager dans le vide n'était pas assez efficace). Cette scène mérite un examen attentif : en extrayant la bande-son et en la passant au ralenti, on peut compter le nombre de balles tirées lors d'une des rafales. Une recherche sur internet permet de trouver la masse des balles utilisées et la vitesse à laquelle elles sont tirées. On en déduit facilement la quantité de mouvement correspondante et le recul subi par le personnage. Une estimation de sa masse permet d'en déduire la vitesse qu'il devrait avoir acquise à l'issue de la rafale. Et là, surprise, la valeur trouvée a le bon ordre de grandeur et correspond à la vitesse effectivement acquise par le personnage dans le film !

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Le budget de ce film est estimé à 125 millions de dollars. Il y avait probablement moyen d'éviter les erreurs du début en demandant son avis à un physicien professionnel (qui l'aurait probablement fait gratuitement et avec plaisir !).


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