Viande rouge : la science sur le grill

27.10.2015 | par Richard Taillet | Regards

Ces derniers jours, une polémique enfle autour d’une annonce selon laquelle la consommation de viande rouge pourrait être cancérogène. Une fois n’est pas coutume, je vais quitter ma casquette de physicien, en gardant mon costume de scientifique (ma blouse blanche, bien entendu), et je vais m’efforcer de ne pas entrer dans ma zone d’incompétence. Avant toute chose, je précise que j’adore la viande rouge, qu’il m’arrive (avec parcimonie) de manger à moi tout seul, avec toute la sauvagerie qu'elle mérite, une côte de bœuf d'un bon kilo, juste saisie des deux côtés, laissant à l’intérieur 3 cm de viande chaude mais crue.

Je suis sidéré de voir les réactions que suscite cette annonce, plus précisément le communiqué de presse du Centre international de Recherche sur le Cancer (AIRC) [1]. Je vais me concentrer sur celle d'un journaliste (je ne sais pas s'il est représentatif du traitement de cette info, ayant enterré ma télé au fond du jardin depuis belle lurette), même si celle de certains responsables de la filière bovine me surprend aussi : je ne comprends juste pas quelle compétence leur permet de mettre en doute ces résultats scientifiques, pour déplaisants qu’ils puissent leur sembler. Bref.

Le rôle des journalistes, c’est de faire communiquer le monde scientifique et les citoyens (idéalement, dans les deux sens). Ceci exige de comprendre ce qu’est la science, et ce qu’elle n’est pas. Un journaliste de France Inter, dans le journal de 19h du 26 octobre 2015 (réécoutable ici, ça commence vers 8:00), ironisait longuement sur l’emploi des conditionnels et des « probablement » dans la synthèse finale de cette publication. Heuuu... bonhomme, il s’agit de résultats basés sur des études statistiques, donc oui, la conclusion ne peut que s’exprimer avec des « probablement ». Si tous les gens qui ont mangé du poisson à la maison deviennent malade, c’est « probablement » qu’il y avait un problème avec le poisson, mais c’est peut-être aussi dû à autre chose. Si l’événement se reproduit, la probabilité que le poisson soit en jeu devient plus forte. Pour la question de l'effet cancérogène de la viande rouge, on parle d’un niveau de risque beaucoup plus faible dont la détection, puis la mesure, demande de faire appel à des protocoles et des méthodes statistiques élaborées. Ce à quoi on arrive, ce sont des probabilités, c'est comme ça. Si le journaliste avait lu les documents proposés par l'IARC, il aurait trouvé ici la définition du mot « probablement » utilisée dans ce contexte, ainsi que celle du groupe 2A utilisé dans la phrase centrale (extraite du communiqué de presse)

Après avoir soigneusement examiné la littérature scientifique accumulée, un Groupe de travail de 22 experts venus de 10 pays différents, réuni par le Programme des Monographies du CIRC, a classé la consommation de la viande rouge comme probablement cancérogène pour l'homme (groupe 2A) , sur la base d’indications limitées selon lesquelles la consommation de viande rouge induit le cancer chez l’homme, soutenues par de fortes indications d’ordre mécanistique militant en faveur d’un effet cancérogène.

Elle ne signifie pas

Si vous mangez de la viande, vous allez avoir un cancer

Le travail de journaliste, intervenant dans une tranche d'information sur un canal de grande écoute, devrait être de comprendre, puis d’expliquer cette nuance aux auditeurs, plutôt que de tourner en dérision l'incapacité des scientifiques à fournir des réponses binaires sur un sujet aussi sensible. Cette notion de quantification du risque est centrale dans la plupart des grands problèmes de santé publique (et pas seulement). Il aurait été judicieux de passer davantage de temps à expliquer que le risque, s’il est avéré (je ne sais pas s'il l'est, je ne suis pas spécialiste du domaine et là n’est même pas la question), est faible (c'est écrit en toutes lettres dans les documents fournis par l'IARC, ici), voire à tenter de quantifier ce que veut dire exactement ce « faible ». Chacun pourra alors décider, en connaissance de cause, de ce qu’il met dans son assiette.

Notes

[1] Le document original, contenant le communiqué de presse en anglais, et surtout les liens vers les rapports scientifiques dont il s'agit, est disponible ici.


9 commentaires pour “Viande rouge : la science sur le grill”

  1. Berder David Répondre | Permalink

    je me présente, David 24 ans, niveau brevet des collèges... (mouai pas très crédible tout ça ^^...)
    mais je me sent concerné par ce sujet qui est " La viande!!!"
    en ce qui me concerne, la viande j en ai mangé toute ma vie. car je comprend ce que l'on me dit, et j ai toujours entendu que la viande faisait partie du régime alimentaire de l'homme.
    jusqu'à mes 22 ans.. en effet j aime surfer sur internet et découvrir des choses, et je suis un jour tomber sur une conférence d un mec qui expliquait de A à Z que l homme n'est pas un mangeur de viande condamné. qu'il le peut certe, mais n'est pas obligé.. le tout avec des arguments tres convaincants.
    par exemple: prenez nimporte quel herbivore, et comparez le a nimporte quel carnivore. puis comparez ces 2 derniers a l homme (dentition, intestins ect..)
    bref.. cette conference ne m'a pas laissé indifferent. et meme été un peu sur le cul " on se serais foutu de ma gueule???"
    j'ai donc décidé de tenter l'experience par moi meme. du jour au lendemain, plus de viande ni poissons. je les entends d'ici les " a mais moi je pourrais pas!!"
    et depuis.. ba je vais très bien.. j'en conclu donc que finalement ce n'est qu un plaisir.. et a quel prix??... et c est la que ca devient flippant.
    tout etre intelligent doit etre en mesure de privilégier des vegetaux a un animal pour se nourrir. car ce n'est qu un plaisir et non un besoin.
    tout etre intelligent doit egalement comprendre que le "spécisme" (prenez un dico n'ayez pas peur ^^) n'a pas sa place dans ce monde harmonieux.
    tout etre intelligent doit egalement comprendre que 10 000L d'eau pour produire 1 kilo de viande c'est ridicule d un point de vue ecologique. (15 000 L pour le boeuf)
    sachez d'ailleur que les cereals produits pour nourir tout ces animaux peuvent nourrir toute la planete ( meme + ) alors que des humains meurent de faim sans cesse..

    et croyez moi c'est un put*** de racourci de tout ce que l on peux reprocher a cette industrie.
    mon avis est: que des gens en quete de pognons on juste touché le jackpot.. il faut le voir comme une usine de voiture, ou l on fait rentrer plusieurs pieces pour n en sortir qu une seule.
    pour l industrie du carnage ( plusieurs milliards d'animaux tués chaque année apres avoir été sequestré toute leurs vie ) c 'est l inverse. on fait rentrer une piece pour en sortir plusieurs. et ça rapporte gros!!!

    bon.. tout ça pour dire, que je trouve bien hypocrite ce debat que l on peux entendre a la télé. "cela est il mauvais pour nous??" par contre que ce soit mauvais la planete on s en fou, pour les conditions de vies des animaux n en parlons meme pas... ("ce ne sont que des animaux"... bien que nous aussi.. mais bon c'est pas pareil... parceque.. voila quoi....)
    bref bref voyons plus loin que le bout du nez de notre assiete ^^

    • un7milliardieme Répondre | Permalink

      J'ai trouvé ton/votre intervention géniale David!
      Si il y avait plus de "niveau brevet des collèges" comme toi/vous,
      la terre serait probablement (spéciale dédicace aux statisticiens :)) une meilleure
      terre!

  2. dubois Répondre | Permalink

    le risque est faible. Je ne me gêne donc pas pour en manger à ma convenance.

    • Richard Taillet Répondre | Permalink

      🙂

      Je profite de votre intervention en forme de sourire pour préciser que mon billet ne s'intéresse pas du tout à la question de la peur (faut-il avoir peur du steack ?), mais sur celle de l'information.

      • Berder David Répondre | Permalink

        et ba Mr Taillet, votre article a la côte on dirais ^^ meme si tout le monde commente sans vraiment de rapport à votre arcticle. moi le premier, je m en excuse d'ailleurs.
        pour ma part, c'est simplement que, comme vous, la désinformation m'exaspère. j'ai donc posté ceci a titre informartif, car beaucoup de personnes aujourd'hui sont dans le faux a ce sujet "la viande". et je trouve ça dommage, voir meme grave. comme beaucoup de choses finalement.
        grace a l'ere d internet les choses peuvent changer, meme si cela reste infime, c'est goutte a goutte que les oceans ce sont formés. (ou pas d'ailleurs je n'en sais rien du tout) je trouvais juste la métaphore jolie ^^
        pour finir je voudrais citer Pythagore.. ba oui niveau brevet des colleges quoi ^^
        «Tant que les hommes massacreront les animaux, ils s'entre-tueront. Celui qui sème le meurtre et la douleur ne peut récolter la joie et l'amour.»

  3. JLM Répondre | Permalink

    la viande US et la viande française d'élevage en herbage ne sont pas les mêmes .
    Les américains consomment 2 fois plus de viande ,en ppoids,que les français.
    Et puis les gros mangeurs de viande sont ,en général,de gros buveurs (de vin ,de coca ,etc,etc ) ,de gros fumeurs ,etc,etc

  4. Obamot Répondre | Permalink

    Bonjour,

    Vous pouvez dire ça tant que vous êtes "bien-portant". Le jour ou vous êtes malade (ou l'un de vos proches) ce n'est plus du tout la même chanson. 18% d'augmentation des risques de faire un cancer c'est pas rien... Lorsque vous faites une poussée d'asthme, puis que dans la foulée vous réduisez votre consommation de viande et que l'asthme redescend, pour reprendre ensuite si vous vous remettez à en consommer, c'est assez significatif pour celui qui en fait l'expérience. J'espère que vous ne ferrez jamais de stomie.

    De la part de quelqu'un qui en bave tous les jours de ne plus avoir de trou de balle.

    • Richard Taillet Répondre | Permalink

      Merci pour votre témoignage, et je mesure la chance de pouvoir céder à l'envie de manger de la viande, de temps en temps. Pour que les choses soient claires, je n'ai à aucun moment proposé mes habitudes alimentaires comme un exemple...

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