Comment aider les étudiants à atteindre le sommet du savoir, en vue de leur permettre de poursuivre l’entreprise de production de connaissances ?

11.12.2014 | par This, vo Kientza | Des questions

Oui, comment permettre aux étudiants de nous dépasser ? Comment leur permettre d'arriver directement aux limites de la connaissances, afin qu'ils puissent poursuivre l'exploration de l'inconnu, afin qu'ils soient mesure de faire des découvertes ?

# La question est importante, et l'université a répondu (au moins en principe ; dans les faits, on sait que c'est... plus compliqué) en sélectionnant les enseignants-chercheurs parmi les bons producteurs de connaissances plutôt que parmi les bons transmetteurs. Il est notoire que les enseignants sont sélectionnés et promus sur la base de leurs recherches. Cela est-il justifié ?

Pour nous déterminer, je propose la métaphore suivante. Soit la montagne des connaissances : à la base, il y a les connaissances du Moyen Âge ; puis, dessus, les connaissances de la Renaissance, puis les connaissances des XVIIe siècle, XVIIIe siècle, XIXe siècle, XXe siècle ; et les connaissances du XXIe siècle sont au sommet.

Les connaissances s'empilent les unes sur les autres, et, si nous voulons mettre les étudiants en position de produire de nouvelles connaissances, il faudra qu'ils aient les connaissances de leur temps. S'ils partaient de connaissances anciennes, périmées, il ne seraient pas en mesure de le faire, parce qu'ils devraient réinventer la poudre.

Or qui peut conduire les étudiants au sommet, sinon ceux qui font le savoir nouveau ou qui le connaissent bien ? C'est-à-dire ceux qui ont une activité de recherche, ou ceux qui sont si au courant des productions scientifiques qu'ils serait bien dommage qu'ils ne contribuent pas à la production de savoir. Finalement, on en arrive à conclure que l'on doit mettre les bons chercheurs en position d'enseigner à l'université.

Evidemment, cettte conclusion a ses inconvénients, à savoir qu'un bon chercheur peut ignorer tout des questions de transmission du savoir. C'est là un argument régulièrement opposé par ceux qui, à l'université, privilégient l'enseignement sur la recherche... mais est-ce justifié ? Avant de répondre, j'insiste un peu : oui, je pose des questions iconoclastes, mais je n'ai que des questions, et celles-ci ne sont pas des réponses déguisées.

Bref, est-il grave que les enseignants-chercheurs puissent être de bons chercheurs et de mauvais enseignants ? Cela pose la question du "bon" enseignant, surtout à une époque où nous allons jusqu'à border les étudiants dans leur lit, au lieu de leur demander de simplement travailler. Ne peut-on imaginer que les étudiants travaillent, si le chemin est tant soit peu balisé ?

La question est parallèle de la suivante : comment organiser l'enseignement universitaire ? La métaphore précédente indiquait que l'objectif est le suivant : à la fin du mastère, les étudiants ne sont plus étudiants (c'est la loi), mais jeunes chercheurs, et en conséquence, ils doivent être en position de produire des connaissances. Autrement dit, ils doivent être au sommet de la montagne.

Où trouve-t-on ce sommet de la montagne ? Dans les publications scientifiques récentes ! De sorte que l'objectif devient le suivant : un étudiant en fin de mastère doit être :

# - capable de savoir où sont publiés les bons articles scientifiques de son domaine

# - capable de les lire.

Capables de lire ? D'abord, comme les publications scientifiques sont en anglais, les étudiants de fin de mastère doivent maîtriser l'anglais. Ce n'est pas le plus difficile de l'affaire. Le plus difficile, c'est quand même de "lire", car, dans ce contexte, lire ne signifie pas être capable de comprendre le sens des mots inviduels, mais plutôt comprendre les résultats qui sont exposés, être capable d'évaluer la qualité des publications, et de ce fait, être presque capable de produire du savoir qui se fonde sur les résultats exposés.


2 commentaires pour “Comment aider les étudiants à atteindre le sommet du savoir, en vue de leur permettre de poursuivre l’entreprise de production de connaissances ?”

  1. Quark Répondre | Permalink

    Vous dites 'qu'apprendre l'anglais' n'est pas le plus difficile ? Petite anecdote : L'université à laquelle je suis rattaché (Nice-Valrose, pour ne pas la citer); a obligé les enseignants chercheurs à, tenez vous bien, traduire les LEGENDES des figures (tirées de publications) lors des examens pour les étudiants ! Lesdits étudiants sont de niveau master bien entendu (1 et 2). Ce genre de processus, purement franco-français, m'exaspère !
    Les cours de masters devraient êtres entièrement en anglais, le milieu scientifique étant entièrement en anglais, que ça plaise ou non aux bureaucrates. Aujourd'hui, je vois très couramment des étudiants incapables de lire une publication en anglais et qui utilisent google pour traduire les textes : merci la technologie des tablettes et autres, ou alors le futur scientifique resterait bloqué à la base de la pyramide !..
    Et là je ne parle même pas de l'écriture ou de la compréhension orale...

  2. Guillaume Blanc Répondre | Permalink

    Cela présuppose néanmoins que l'université a pour but de former les chercheurs de demain. Ce qui est vrai, mais pas seulement, et loin s'en faut. Combien d'étudiants parmi la myriade qui se trouve dans les premières années de la licence iront jusqu'au doctorat ? Très très peu. Aujourd'hui l'université est une courroie indispensable de transmission du savoir pour former des citoyens ordinaires. Et de fait la population des étudiants de licence, actuellement, représente bien la diversité de la société. Ce ne sont plus des enfants de couches sociales favorisées et instruites comme ce fut le cas il y a quelques décennies. Désormais, toutes les couches sociales sont représentées. C'est très bien, car l'éducation et les connaissances doivent pouvoir percoler partout. Mais le revers de la médaille est que la mission de l'université doit se diversifier : elle doit former le citoyen de demain, mais aussi, parmi ceux-ci, ceux qui feront la science de demain. Et pour former le citoyen de demain, les enseignants-chercheurs doivent se renouveler : il ne suffit plus d'être à la pointe de la science pour se contenter de la transmettre, il faut désormais y mettre les formes, car le public est désormais moins perméable à l'aridité d'un cours (je parle dans mon domaine, la physique). Ils doivent se renouveler et faire preuve de plus de pédagogie. De fait, des réflexions et innovations pédagogiques fleurissent un peu partout dans les universités, sur comment réussir cette difficile (et double) mission. On parle désormais de pédagogie, et les jeunes enseignants-chercheurs sont formés à ça, contrairement à ce qui se passait avant.

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